Dur, dur de choisir des bébés

Lorsque nous avons acheté le domaine à l’automne 2012, il était difficile de savoir quels cépages acheter. Il était très tard dans le processus, car les commandes se prennent au printemps et durant l’été pour l’été suivant. Il fallait faire vite, car on ne voulait pas planter au printemps 2014. Comment choisir?

Je ne sais pas comment les autres vignerons du Québec ont fait leur choix. Plusieurs ont débuté petit, et ont parfois arraché des cépages qu’ils n’aimaient pas. Ils commençaient avec 3000 plants puis, avec le temps, se sont ramassés avec 30 000 plants. Ou 80 000...

Ça donne le temps d’apprendre, de s’adapter. Mais ce n’était pas notre plan. Dans notre cas, on voulait plutôt planter une bonne partie du terrain immédiatement. Naturellement, une telle quantité n’allait pas être facilement commercialisable. Si on en arrivait à 50 000 bouteilles, ce serait difficile à vendre dès la première année. Et même si les vignes prennent plus de 5 ans pour produire 100% de leurs raisins, ça reste toute une pénétration de marché que de commercialiser tout ça.

Mais!

Mais les vignerons du Québec achètent parfois du jus de raisin d’autres vignobles qui n’ont pas aussi réputés. Et c’est un peu ce qui nous a guidé. Pourquoi ne pas vendre le “jus” au début, puis avec le temps, commercialiser notre propre vin. Nous avons donc choisi d’y aller avec les cépages les plus populaires au Québec. Et d’ajouter un peu d’exotisme pour la cause. 

Le Vidal et le Seyval Blanc étaient évidents. Les vins médaillés au Québec étaient, à l’époque, souvent des blancs produits avec ces cépages. Ils permettent aussi la production de vin de glace. Nous avons ramassé une bonne quantité de Seyval. Le Vidal a été plus compliqué. Les vendeurs (il n’y a pas beaucoup de vendeurs au Canada en général) n’avaient presque plus rien. Et il y a eu erreur dans la livraison en plus...

Du côté du rouge, le Maréchal Foch a fait ses preuves. Donc, on allait aussi produire de cette sorte. On nous a aussi proposé le Marquette. Ce dernier est très récent, développé spécifiquement pour les régions comme le Québec. Puisqu’il est rustique, il ne demande pas de protection particulière pour l’hiver. Alors on a opté pour ce cépage là, dans une vision d’avenir (et de coûts: pas de protection hivernale = moins de coûts).

Le Frontenac (dans sa version originale, gris, ou blanc) sont très populaires au Québec. Rustiques, ils résistent à nos hivers. Cependant, pour produire des rouges, c’est plus compliqué. De grands vignerons sont incapables de le faire maturer suffisamment pour enlever l’acidité nécessaire. D’autres ont par contre gagné des prix avec ce cépage. Nous avons opté pour ces trois cépages, en plus petite quantité, encore une fois pour une question de coûts, et aussi pour créer des rosés et des blancs qui pardonnent légèrement plus une touche d’acidité. Contrairement aux cépages précédents, peu de vignerons sont prêts à acheter du “jus” de Frontenac. À noter que le Frontenac blanc a été commercialisé en 2012 seulement! C’est très expérimental. 

Le Pinot Noir. Ça, c’est plutôt osé. Sa racine a été modifié pour résister à certaines maladies, mais c’est fondamentalement du Pinot Noir. C’est très difficile à faire pousser au Québec, mais comme un vigneron d’ici nous a dit “Si j’avais à recommencer, je partirais avec du Pinot Noir... après tout, nous avons le même nombre de jours d’ensoleillement au Québec qu’en Bourgogne.” Pas fou. Alors on a osé. 

Finalement, l’erreur dans la livraison du Vidal a été très malheureux pour nous, mais nous avons décidé d’essayer du Pinot Gris. Il est un peu moins osé que le Pinot Noir, mais il reste très délicat à développer au Québec. On plantera la balance de Vidal voulue l’année prochaine.