Faire des trous

Dans mon dernier billet, je mentionnais que nous avions donc trouvé, en août dernier, un beau terrain à Hemmingford. Avant de passer à l’achat, il restait deux questions importantes à nos yeux. D’une part, est-ce que le sol est bon pour les vignes? D’autre part, est-ce que le type de sol influence le choix des cépages?

À la première question, tout le monde nous parlait d’une organisation d’agronomes appelée le Dura Club. Nous n’étions pas certains, à ce moment, du type de compétences requises pour partir notre vignoble. On sait que l’oenologue conçoit les vins. Devait-on parler avec un oenologue avant même de penser à acheter une terre, question de savoir quel type de sol nous devions avoir pour les cépages que nous voulions? Quel était le rôle de l’agronome dans tout ça? Pour ceux qui ont un vignoble, ces questions sont évidentes. Pour nous, ça ne l’était pas.

Le gouvernement a des agronomes qui sont spécialisés dans certaines cultures. Nous avions donc communiqué avec eux auparavant, et eux aussi nous avait dit que tout commençait avec un agronome. Encore une fois, tout pointait vers le Dura Club. Deux personnes en particulier: Raphael Fonclara et son collège, Daniel Venneman.

Raphael étant en vacances, nous avons rejoint Daniel, et une discussion d’une heure nous a permis de comprendre milles choses. Sont-ils gratuits à consulter? Non, mais il y a plusieurs subventions qui rendent leur service très abordable. Nous avons donc invité Daniel à venir évaluer le sol, question de savoir s’il était correct.

En gros, Daniel a creusé des trous. Nous ne voulions pas une analyse en grand détail du sol, mais plutôt une évaluation qualitative, si on veut. Il a pris quelques échantillons du sol. En gros, il regardait pour des démarcations de couleur (orange, bleutée aussi) qui indiquait le niveau le plus élevé où l’eau arrivait au printemps, et le niveau de l’eau plus “permanente” dans le sol. Ça allait indiqué le besoin de drainage du terrain. Il a aussi analysé la texture de la terre.

La texture du sol est définie en général par trois éléments. Le limon, l’argile et le sable. La vigne s’adapte à plusieurs sols, mais nous ne voulions pas de sol trop riche non plus. Quand le sol est trop riche, les vignes produisent trop, et on a une grosse quantité, et peu de qualité. Mais pas assez riche, comme un sol argileux, et on n’est pas mieux.

Ça a l'air compliqué comme ça, mais être dans le blanc, c'est bon, et plus c'est proche du sable, moins ça retient l'eau, mieux c'est pour les vignes. Voila.

Ça a l'air compliqué comme ça, mais être dans le blanc, c'est bon, et plus c'est proche du sable, moins ça retient l'eau, mieux c'est pour les vignes. Voila.

Bref, après une heure d’analyse, Daniel est arrivé à la conclusion que nous avions de l’eau jusqu’à un pied de la surface au printemps. Et à deux pieds de creux de façon plus permanente. Ça voulait dire que l’on devait drainer. Nous nous étions préparé à ça.

Il nous aussi dit que le terrain était composé d’un loam sablonneux. Le loam est une texture qui favorise l’agriculture, assez riche, ne retenant pas trop d’eau, juste assez. Le fait qu’il soit sablonneux veut dire qu’il retient moins d’eau. C’est quand même riche par contre, alors ça pourrait donner des vignes un peu trop vigoureuses. Ce n’était pas mauvais pas contre: dans le coin, de très bon vignobles ont des terres semblables, et de façon générale, si la région est bonne pour les pommiers, elle sera bon pour le vin.

L’autre chose, c’est que bien que des cépages peuvent être un peu plus adéquats pour certains types de sol, en général, ça ne nous empêchait pas d’aller de l’avant avec notre plan.

Nous avons appris, avec Daniel, en une heure, des milliers de choses. Ça valait le prix.

Un mois plus tard, à la suite de négociations difficiles, nous achetions la terre en question. C’était parti!