Faut pas s'en faire!

Le printemps 2013 a été bien occupé. Nous nous sommes retrouvés, un peu sur le tard, avec tout à faire à la dernière minute. Les vignes devaient être plantées avant le 1er juillet, et préférablement, autours du 1er juin.

En temps normal, nous avions du temps pour bruler le terrain, le travailler, l’engraisser puis planter nos vignes. C’était serré, mais nous avions du temps. En tout cas, en bon gars de gestion, je me disais que j’avais du temps. Mon plan MS Project fonctionnait à merveille. J’avais de la contingence, des mesures de mitigation de risque… le business case était excellent.

Or, les plus astucieux d’entre vous avez peut-être déjà remarqué qu’il n’y a pas de toit sur un champs. Ça veut donc dire que s’il pleut, vous ne pouvez rien faire. Et plus il pleut, plus ça prend de temps au terrain de sécher. L’équipement sur le terrain (les tracteurs, avec herses et autres outils) callent facilement, alors il faut attendre….

… et attendre…

… et attendre.

Nous avions prévu débuter planter nos premières vignes vers la fin mai. Mais à la fin mai, nous regardions la pluie tombée, et peu d’activités préparatoires avaient été faites.  

Travailler le terrain s’est fait principalement avec deux outils, la herse à roulette, et la « grubbeuse ». Le but est de rendre la terre meuble, car le terrain était très dur (n’ayant jamais été travaillé).  Nous avons retiré littéralement des tonnes de pierres, qui sont accumulées sur la pointe nord et sud du terrain.

Le but est de passer de ça :

‍Avant Nutri-Système
‍Transition
‍Après Nutri-Système

Notre hypothèse de départ était que ce genre de travail allait nous éviter de devoir brûler le champs, c’est-à-dire d’y étendre du glyphosate. Ce produit, mieux connu sous sa marque de commerce « Round-up » permet de tuer toutes les herbes sur le terrain, donnant le maximum  de chance aux vignes de pousser. Mais nous nous sommes rapidement rendu compte que la mauvaise herbe repoussait très rapidement, et nous avons dû quand même bruler le champ. Éviter d’utiliser de tels produits n’est pas juste une question d’écologie, mais aussi d’économie. Le produit ne coûte pas grand-chose, mais l’étendre prend du temps.

Par la suite, nous avons dû engraisser la terre. Un plan de vigne peut coûter n’importe où entre 1,50$ et 4$, selon la quantité achetée et la sorte de cépage. Selon l’état de votre terrain, vous pourriez avoir besoin d’engrais, et le prix monte très rapidement. Heureusement, l’engrais n’est qu’à étendre une seule fois dans la vie du vignoble, mais le prix était très élevé quand même (près de la moitié du prix du pied de vigne!).

Plusieurs vignobles ont débuté petit, et ont grandi dans le temps. Quand vous plantez 2000 vignes, le prix de tout ça ne parait pas trop. Mais dans notre cas, le décompte final aura été de 32 089 vignes. Les coûts montent rapidement, et chaque économie en vaut la peine.

L’étude approfondie de la  qualité du sol, effectué par Raphael, notre agronome, nous demandait donc d’étendre des tonnes d’engrais 0-46-0,  c’est-à-dire du phosphate sans rien d’autres. Le produit était peu disponible, nous avons été obligés de trouver une équivalent, qui était composé de quelques autres engrais, ce qui augmentait encore plus les coûts.

‍Engrais, en format portatif d'une tonne.
‍Le gris, c'est du phosphate. Le rouge, c'est autre chose. Au goût, ce n'était pas des Nerds aux fraises.

Je dirais qu’en général, l’étude du CRAAQ, que l’on peut retrouver ici, est un excellent guide sur les coûts d’implantation d’un vignoble. Si vous venez du monde des affaires et que vous êtes intéressés à avoir un vignoble, ce guide en vaut vraiment la peine. Les budgets sont bien établis, et puisqu’il est basé sur de plus petits implantations, vous pourriez y trouver des économies d’échelle intéressantes. Cependant, ce guide a une lacune, c’est-à-dire le coût des engrais. D’où notre surprise.

Les premiers engrais ont été posé autours du 10 juin… il ne nous restait pas beaucoup de temps pour planter 32000 vignes avant le 1er juillet!

‍Le Plan! En gris, ce qui est à planter, en jaune, le potentiel