Mes quatre raisons pour obtenir la certification “Vin du Québec” - et une cinquième évidente!

De tous les débats que nous avons eu autour de la table au vignoble, celui sur la certification “Vin du Québec” a été le plus court. Ayant lu le cahier de charge, c’est à dire tout ce qu’on doit respecter et prouver à travers un audit, il était clair que cette certification allait devenir la base de la qualité de nos vins.

Je ne limite pas la qualité juste à mes produits, mais à tous les processus de notre vignoble. Sans certification, un produit peut être de qualité! Vous n’avez qu’à le boire, et vous verrez. Et avec une certification, il se peut bien que vous n’aimiez pas un vin. Là n’est donc pas la question.

Alors voici mes quatre raisons pour obtenir la certification.

  1. Identifier rapidement ce qui est important

Quand on débute un vignoble, on met les efforts à tous les endroits en même temps, et on espère qu’on focalise sur la bonne chose. L’expression “poule pas de tête” me vient en tête. Tout le monde a des conseils à donner, tout le monde sait ce qu’il faut faire --- mais personne ne s’entend sur ce qui doit être fait.

Un vignoble, ça reste une entreprise! Je suis le premier responsable de cette petite communauté, et j’ai ma façon de procéder, qui peut paraître très lente pour certains. Je veux maîtriser avant de progresser. En 2015, nous n’avions jamais fait de vendange. Nous avons décidé de ne pas vinifier en même temps, le temps de voir quels étaient les problèmes lors de la vendange. J’étais chanceux: j’avais de bons clients pour mon raisin! En 2016, je connaissais les lacunes des vendanges de 2015, et j’étais à même de m’assurer que ça roulait correctement.

Cette méthode de procéder demande beaucoup de patience. Mais c’est ça, le vin. C’est de la patience. Nous avons utilisé le cahier de charge de la certification “Vin du Québec” comme un guide pour ne pas oublier des étapes. Avoir su que ça existait avant, nous aurions même fait certains choix dans le champs, et dans la conception du chai, de façon différente. Sans même demander la certification, le cahier de charge est le fruit de l’expérience des vignerons les plus expérimentés du Québec. C’est une excellente source d’information.

  1. Un vignoble en constante évolution

La certification me permet aussi de me faire auditer sur mes pratiques, afin de savoir où je suis rendus, et ce qui reste à faire. Lors de mon premier audit, j’ai eu une discussion intéressante avec l'évaluateur d’Ecocert, l’organisme en charge de s’assurer de notre adéquation avec ce qui est demandé. De par son expérience avec d’autres vignobles, elle a pu me dire comment d’autres vignerons s’y prenaient, et de faire évoluer mes propres pratiques.

Je me suis fait un petit tableau, à même le cahier de charge, afin d’identifier ce que je percevais comme étant efficace et efficient, et ce qui ne l’était pas. Ça me permet non seulement de parler de façon structurée avec d’autres vignerons, mais aussi avec les auditeurs. En entreprise, on dit souvent aux comptables que leurs propres auditeurs externes sont une source d’expertise intéressante, puisqu’ils voient, à chaque mandat, des pratiques différentes. Il en va de même avec les auditeurs de cette certification.

  1. Communiquer avec mes visiteurs et mes clients.

Naturellement, quand vous voyez le logo “Vin du Québec” sur un bouteille, vous avez une idée que ce n’est pas juste un autocollant. Mais on ne sait pas tous, intuitivement, ce que ça veut dire. Certaines certifications ne demandent qu’un chèque de 200$ et de remplir un formulaire, et voilà! D’autres, comme la certification BIO, sont beaucoup plus normées et complètes. La certification “Vin du Québec” ressemble plus à cette dernière. C’est audité formellement, validé, et il y a même des inspections surprises. La traçabilité est validée -- ce que vous avez en bouteille provient à 100% du Québec. À la toute fin, en plus, le vin est envoyé à un panel de dégustation qui refusera un vin présentant des défauts. Pour le consommateur, ou pour un visiteur au vignoble, c’est un outil de communication, si on veut, qui rassure les gens. La certification est aussi importante, pour moi, qu’un chai propre, qu’une cuve étincelante, qu’un comptoir de dégustation sans tache. Ça parle énormément.

  1. Un terroir en constante évolution

En 2018, nous devrions normalement obtenir l’IGP “Vin du Québec”, remplaçant la présente certification. L’IGP (indication géographique protégée) est très similaire mais le cadre est un peu plus restrictif, notamment sur les zones d’implantation des vignobles. On identifie aussi les cépages acceptables. C’est la base d’une reconnaissance internationale future. Et ce sera un bon outil pour faire évoluer tous les vignobles du Québec. Un IGP doit garder l’équilibre entre un respect des traditions et l’évolution de l’industrie. En formalisant le tout, et en osant pousser, parfois, les critères de qualité un peu plus loin, on fait évoluer l’industrie. Même les vignerons qui n’emboîteront pas le pas seront tout de même influencés par la présence de ces critères.

  1. Et la touche finale!

Tous les vins à travers le monde sont subventionnés d’une façon ou du monde. À certains endroits, des programmes existent pour renouveler constamment les infrastructures de fabrications. À d’autres endroits, ce sont des chèques destinés aux producteurs agricoles en général. La politique agro-alimentaire est un cours d’économie bien spécifique à l’université, de par sa complexité à travers le monde. Il en va, dans tous les pays, de la souveraineté alimentaire d’un peuple, même si on admet que le vin est plus un luxe qu’un besoin de base.

Le gouvernement a mis en place voilà quelques années un programme qui fait en sorte qu’un vin vendu à la SAQ, et ayant obtenu sa certification, reçoit une subvention par bouteille. Naturellement, cet incitatif n’est qu’à la SAQ, pas en épicerie ou en boutique au vignoble. C’est un coup de pouce donné aux vignerons, et une reconnaissance de l’importance, aux yeux de nos gouvernements, de la nécessité de faire progresser notre industrie au niveau des pratiques.

Par déformation professionnelle, il était évident que je devais aller chercher la certification “Vin du Québec”. C’est, en gros, ma toute première médaille et, qui sait, peut-être la seule, puisque j’ai une peur bleue des concours de dégustation. C’est certainement moins visible qu’une médaille d’or, mais pour mon vignoble, et pour notre industrie, c’est un effort constant. C’est l’étape logique afin de démontrer aux Québécois qu’ils peuvent être fiers des vins que nous produisons.